La renaissance

La renaissance
Alors voila.

Apres une periode de plus d'un an sans ecrire rien de bien passionnant, je me remet au travail. Les poemes sont essentiellement sur les femmes et la mort; non pas que je sois mysogine (mort de rire), mais les deux representent ce qu'il y a de plus inconnu, de plus mysterieux... et peut-etre de plus beau sur Terre. J'espere que ca plaira a certains. Les rimes ne sont pas toujours recherchees (generalement par paresse), mais si je met le poeme en ligne, c'est que je l'aime bien. Poil aux mains. Gros bisous a ceux que j'aime, je ne vous oublierai pas, meme du fin fond de ma siberie a la mord-moi-l'noeud. XOXOXO

Alors voila. (bizarre, j'ai deja vu ca quelque part...)

# Posté le jeudi 16 novembre 2006 09:40

Modifié le jeudi 07 décembre 2006 04:44

Sonnet a Juliette

A quoi penses-tu donc, cadavre triste et sombre,
Tandis que Romeo rampe parmis les ombres.
Vois-tu Verone? Libre, et majestueuse et fiere;
Ou ton fantome, hanter ses calmes cimetieres.

Je vois la lune ronde, toute pleine de charme,
Rouler dans le ciel comme de lourdes larmes,
Se trainer a tes pieds pour arracher la fleur,
Dont la mort n'avais su faire palir la couleur.

Juliette_ tes longs sanglots battent la mesure
De mon coeur engourdi, par le temps et l'usure.
Et ton visage flotte autour de moi, et tes yeux,

Comme deux papillons brillants de milles feux,
Me content des idylles, des soleils, des tempetes,
Tandis que tourbillonne ton souvenir... Juliette.
Sonnet a Juliette

# Posté le jeudi 16 novembre 2006 09:58

Modifié le jeudi 07 décembre 2006 04:50

La carcasse (inspire de Beaudelaire: "la charogne")

A Te souviens-tu mon coeur, un soir de promenade
B Sous la chaleur moite et torride de l'ete,
A De ce doux objet que nous vimes? Une driade
C Aux seins nus, se baignant dans la lumiere infame
D D'un soleil sourd et chancelant, teinte de sang.
C Ses rayons, taillant le flan de la jeune femme
D Comme de somptueux rivages d'Orient,
A Chantaient la retraite d'Apollon; ballade
B Au parfum enivrant, calme, et rance et use,
A Ronge par le sale temps au travers des decades.

A Tel le mystique emu de decouvrir le Graal,
B Je m'avancais, impudent, vers ce doux fantasque
A Aux allures fieres de seraphin_ de petales
C D'une rose celeste commencant a fletrir.
D Mon approche ne troubla point son doux repos;
C Immobile, comme une deesse grecque, qui tire
D Majeste, rivieres et legendes de son tombeau,
A Elle gisait la, insensible et belle et pale,
B _ Et sur son ventre, desormais livide et flasque,
A Une tache rouge luisait comme un lourd cristal.
La carcasse (inspire de Beaudelaire: "la charogne")

# Posté le mercredi 22 novembre 2006 03:59

Modifié le jeudi 07 décembre 2006 04:48

Joan of Arc

Joan of Arc
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

Pendant que tu flambes devant ces manants terreux,
Entrant dans ton coeur comme une foule d'envieux,
Pietinant sans relache de ton ame le pave,
Ce glorieux monument, vestige de piete,

Leurs rires, amers et sournois, creusent ta tombe.
Envole-toi vers l'azur ma colombe;
Ferme les yeux, le temps des regrets viendra...
Oui, souviens-toi ma douce, mais ne pleure pas.

Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

Celles-la que tu melas longtemps au bruit des armes,
Aux lacs de sang roulant de tes yeux pleins de larmes,
Aux cris, aux sombres echos de ces tristes batailles,
Viendront, a jamais, bruler dans mes entrailles.

Souviens-toi de Chinon, d'Orleans, de Paris!
De toutes ces choses pour l'amour de ta patrie.
L'etendart s'enivrant des caresses du vent,
Ton epee se gorgeant des combats et du sang.

Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

Tes longues plaintes m'arrachent des cris de bonheur.
Belle, je t'en conjure, ne m'en tient pas rigueur!
La salvation n'est pas dans ce corps inutile,
Mes dans mes flammes ardentes, aimantes et volubiles.

Deja, l'ange vermeil vient te prendre la main.
Pourquoi t'accroches-tu a ce monde incertain?
Dieu, me murmures-tu? O pucelle hypocrite!
Je l'extirperai de ta carcasse carmelite!

Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

O douce vierge, viens a moi pleine de leesse.
Tu portes ton fardeau comme une vieille anesse!
Deja, de jeunes morceaux de chair se putrefient;
Ce sont ces lambeaux encore blancs que je cheris...

Ces reminerescences de ta foi fletrie
Te conduisent a ta perte, a ta lente agonie,
Se consumment a l'acerbe lumiere du flambeau,
Aussi sombre et profond que sera ton tombeau.

Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

Le sang, rouge et chaud, se repand; et je defaille.
Il m'inonde, me brule, comme un joyeux feu de paille!
Je trempe ma bouche dans ce nectar d'ambroisie;
J'irai jusqu'a te boire mon amour, jusqu'a la lie!

Une inextinguible soif m'assaille subitement,
Et je bois cette conque comme un saint sacrement.
_ Ah! Liberer, tuer, cherir par dessus tout!
S'embaumer dans les flammes d'un amour fier et fou.

Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

Regarde autour de toi, la foule qui aboit!
S'abreuvant de ta peur, detachant leurs carquois,
Decochant leur haine comme une fleche mortelle.
On crie, on hurle: "A mort! A mort Jeanne la Pucelle!

Succube du Malin, croqueuse de devots!"
Non, tu ne sera pas conduite a l'echaffaud...
Ma douce, ma pauvre... Ils n'iront pas te pendre,
Au lieu de ca, tu periras par les cendres!

_ Non, ne crains rien ma belle; c'est bientot fini.
Ton echo dans mon coeur a un bruit d'infini.

Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.

# Posté le jeudi 23 novembre 2006 05:30

Modifié le jeudi 07 décembre 2006 04:51

La Sirene des Sylves

La Sirene des Sylves
Dans un bois recule, profond et odorant,
Vivait une Eurydice, au visage d'enfant.
S'epanouissant sans relache parmis les jonquilles,
Blancs lilas, et autres fleurs de jolies jeunes filles.
Se baignant quelque fois dans l'onde limpide,
Imitant au passage ces etranges chrysalides
Qui, pour faire du jour un festival de bonheur,
Chargent leurs aillettes de mille-et-une couleurs.
Mais il fut un jour ou ce lagon diaphane,
Ne put plus, en silence, contempler notre Roxane.
Ronge par la jalousie et son fier orgueil
Pris la vierge pour morte, et s'en fit son cercueil.

Le lagon, luisant d'ordinaire d'un bleu d'azur,
Pris pour parti de mettre a jour l'imposture
Par laquelle une sirene, s'etant arrachee
De son joux, florissait sans remords a ses pieds.

"Admires! rugit l'onde claire, je suis la vertue,
Je suis la beaute, qui de son oeil ingenu,
Se devetant de toutes graces inutiles,
Viole la colombe dans son envol gracile!
Je suis celle qui s'eclaire quand surgit le matin,
Sombre et rugissante, comme une vulgaire catin!
Depuis l'aube des temps, je me languis de toi,
Et assiste impuissante a ta decrepitude,
Laisse-moi te ramener vers des choses moins rudes.
Laisse donc cette ignoble foret derriere toi;
Cet amas d'immondices, ce jardin de luxure,
Ocean de delices, de supplices et torture."

Et les oiseaux, perches tels des rois dechus,
Tandis qu'officiait le lagon sous la nue,
Sussuraient l'amere melopee de la vie,
Crachant le venin qui rend le jour a la nuit.

Sans protestations, la jeune fille se soumet,
Et l'eau l'engloutie comme une epave dechiree.
Sans en etre consciente, ni ressentir de peine,
L'ecume du Lethe coule dans ses veines.
_ Toi, lame empoisonnee surgissant de la mer,
Toi, la morsure froide et profonde de l'hiver,
Desesperement, tu t'accroches a la beaute,
Comme un nourisson s'accrochant a son jouet.
N'est-il donc nul sentiments dans ce coeur liquide?
N'as-tu donc nulle pitie pour celle que tu lapides?
Va! Plante tes longues serres de harpie insouciante
Dans cette mielleuse chair encore palpitante! _

Ainsi perit la divine et majestueuse.
Celle dont les yeux languissaient d'etre heureuse.
Sirene des sylves, vestige d'un monde ancien,
Enfouie sous le sable de mon coeur incertain.

# Posté le dimanche 26 novembre 2006 16:38

Modifié le jeudi 07 décembre 2006 04:51