Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.
Pendant que tu flambes devant ces manants terreux,
Entrant dans ton coeur comme une foule d'envieux,
Pietinant sans relache de ton ame le pave,
Ce glorieux monument, vestige de piete,
Leurs rires, amers et sournois, creusent ta tombe.
Envole-toi vers l'azur ma colombe;
Ferme les yeux, le temps des regrets viendra...
Oui, souviens-toi ma douce, mais ne pleure pas.
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.
Celles-la que tu melas longtemps au bruit des armes,
Aux lacs de sang roulant de tes yeux pleins de larmes,
Aux cris, aux sombres echos de ces tristes batailles,
Viendront, a jamais, bruler dans mes entrailles.
Souviens-toi de Chinon, d'Orleans, de Paris!
De toutes ces choses pour l'amour de ta patrie.
L'etendart s'enivrant des caresses du vent,
Ton epee se gorgeant des combats et du sang.
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.
Tes longues plaintes m'arrachent des cris de bonheur.
Belle, je t'en conjure, ne m'en tient pas rigueur!
La salvation n'est pas dans ce corps inutile,
Mes dans mes flammes ardentes, aimantes et volubiles.
Deja, l'ange vermeil vient te prendre la main.
Pourquoi t'accroches-tu a ce monde incertain?
Dieu, me murmures-tu? O pucelle hypocrite!
Je l'extirperai de ta carcasse carmelite!
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.
O douce vierge, viens a moi pleine de leesse.
Tu portes ton fardeau comme une vieille anesse!
Deja, de jeunes morceaux de chair se putrefient;
Ce sont ces lambeaux encore blancs que je cheris...
Ces reminerescences de ta foi fletrie
Te conduisent a ta perte, a ta lente agonie,
Se consumment a l'acerbe lumiere du flambeau,
Aussi sombre et profond que sera ton tombeau.
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.
Le sang, rouge et chaud, se repand; et je defaille.
Il m'inonde, me brule, comme un joyeux feu de paille!
Je trempe ma bouche dans ce nectar d'ambroisie;
J'irai jusqu'a te boire mon amour, jusqu'a la lie!
Une inextinguible soif m'assaille subitement,
Et je bois cette conque comme un saint sacrement.
_ Ah! Liberer, tuer, cherir par dessus tout!
S'embaumer dans les flammes d'un amour fier et fou.
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.
Regarde autour de toi, la foule qui aboit!
S'abreuvant de ta peur, detachant leurs carquois,
Decochant leur haine comme une fleche mortelle.
On crie, on hurle: "A mort! A mort Jeanne la Pucelle!
Succube du Malin, croqueuse de devots!"
Non, tu ne sera pas conduite a l'echaffaud...
Ma douce, ma pauvre... Ils n'iront pas te pendre,
Au lieu de ca, tu periras par les cendres!
_ Non, ne crains rien ma belle; c'est bientot fini.
Ton echo dans mon coeur a un bruit d'infini.
Non, ne crains rien, o mon amour, o ma divine!
Je secherai tes pleurs de mes mains assassines.